Je ne sais pas si cette histoire est vraie. Les gazettes en colportent par bribes des échos depuis plusieurs semaines. Elle doit donc avoir quelque chose de véridique. Je vais vous la conter à ma manière…
Si elle se déroulait en Chine, elle porterait à coup sûr le titre de « Hold-up de la bande des quatre ». Mais elle se passe ici, au cœur de la Picardie. Nous dirons donc qu’elle se nomme : « le pacte secret des quatre barons ».
Il était une fois, dans la ville de Noyon, un nouveau maire socialiste. Il avait quitté son village pour prendre le beffroi de la ville toute proche, des rêves de grandeur plein la tête. Mais il avait besoin d’argent, de beaucoup d’argent, pour conduire ses projets et satisfaire ses ambitions.
En six mois, il avait déjà vidé le peu qu’il restait dans les caisses. La ville était pauvre et ses habitants déjà bien ponctionnés et bien endettés. Alors que faire ? Que faire pour trouver de l’argent et pouvoir dépenser, enfin, comme bon lui semble ?
Le maire finit par trouver la solution : si l’on ne peut trouver de l’argent à Noyon, il faut aller le prendre ailleurs, là où il est, dans les communes des environs, là où il existe des magots que la plupart ignore et qui, souvent dorment faute de projets.
Il fit calculer par ses collaborateurs qu’en faisant main basse sur un seul des quatre impôts, la taxe professionnelle, des communes du pays noyonnais, et des communes du canton de Lassigny, et, pourquoi pas, en s’accoquinant avec Roye-la-riche, dans le département voisin de la Somme, il trouverait là les millions qui lui manquaient. Le maire de Noyon allait pouvoir être riche avec l’argent des autres !
A quelques lieues de là, sur les terres voisines de Lassigny, un autre conseiller général socialiste avait, lui, un autre problème à régler, ou plutôt, une vraie revanche à prendre. Il ne s’agissait pas d’argent cette fois, mais de son ego froissé, que dis-je, de son honneur bafoué ! Les maires des cantons de Ressons et de Lassigny avaient eu, en effet, l’insolence de refuser d’élire un maire trotskyste de ses amis à la présidence du Pays des Sources. Pensez, ils lui avaient préféré, ces ignorants, le maire paysan que la droite avait fait élire en d’autres temps. Pire, ces mêmes maires avaient refusé, par deux fois (oui, par deux fois) de l’élire à une vice-présidence de la communauté de communes ! Intolérable ! Scandaleux ! Cela méritait leçon.
Alors, puisque les élus du Pays des Sources ne comprenaient rien à la loi des nouveaux maîtres socialistes, pourquoi, se disait le conseiller général de Lassigny, ne pas faire exploser ce Pays des Sources désormais inutile, et se tailler une autre baronnie avec le voisin de Noyon qui, lui, saurait lui donner la vice-présidence à laquelle il rêvait ?
Un peu plus loin, dans le département de la Somme, le vieux maire socialiste de Roye était à mille lieues de tout cela. Riche de taxes à ne plus savoir qu’en faire, il avait toujours refusé toute forme de mariage avec les maires voisins. Pourquoi partager ce que l’on peut garder pour soi, avait été son credo du premier jour. De surcroît, pourquoi partager avec des voisins dont il s’était toujours méfier à cause de leurs opinions de droite ? A l’heure de la retraite, quand on attend plus grand’chose, il arrive que l’on ait pour seul rêve que celui d’embêter ceux qui vous déplaisent. Le vieux maire se mit ainsi à caresser l’idée saugrenue de fiançailles avec des isariens de son bord. Voilà qui allait rendre fou furieux tous ces élus de la Somme qui ne l’avaient jamais aimé comme ils auraient dû ! Voilà qui pourrait, lui, l’amuser pendant quelque temps.
Il y a aussi un quatrième larron dans cette histoire. Il ressemble davantage à un chef gaulois qu’à un baron socialiste. Son village de Carisiolas, en ce printemps 2008, avait été quelque peu assiégé et malmené. Ce qu’il voulait aujourd’hui, c’est qu’on le laisse en paix faire sa petite cuisine et jouer avec son parc. Il était prêt à dire amen à tout ce que voudraient ses voisins, pour peu qu’il ait son titre et sa place autour de la table.
Quand les quatre compères se sont retrouvés, autour d’un repas bien garni, un soir de juin, pour parler de ce mois de mars qui leur fut si favorable, d’argent, de revanches et de conquêtes, ils ne furent pas longs à se mettre d’accord. Au fond, si du présent qui nous est si peu clément dans nos baronnies successives, nous faisions table rase. Si nous bâtissions ensemble un Duché dont nous serions les rois ? Les Rouges des deux vallées, plus au sud, et même le Seigneur de Compiègne en trembleraient pour de vrai.
Ils ne savaient pas, à vrai dire, si leur nouveau Duché serait vraiment plus riche, mais, en tout cas, ils en contrôleraient le trésor et pourraient dépenser à leur guise tout l’argent de ces petits maires qu’ils allaient mettre au pas.
La soirée fut longue et se termina dans l’euphorie. « Comment appellerons-nous notre nouveau Duché ? », demanda l’un. « Coeur de Picardie », proposa le maire de Noyon. « Mais le nom sonne comme celui d’un fromage ?», dit un autre. Ils éclatèrent de rire. On décida que l’idée était excellente et, sur le pas de la porte, on scella d’une poignée de mains le pacte qui désormais allait unir les quatre compères….
(à suivre)