La question n’est plus de savoir si le port fluvial du
noyonnais sera à Catigny ou à Beaurains.
La question est désormais de savoir si l’on peut (et
si tout le monde veut) sauver le projet de port de Noyon.
C’est la leçon que je tire de la réunion organisée vendredi soir à la sous-préfecture de
Compiègne. Pendant plus de quatre heures, VNF a présenté les conclusions de l’étude complémentaire, demandée il y a un an par la nouvelle communauté de communes, sur le site de la future
« plateforme multimodale du noyonnais » (c’est le nom officiel du port).
Il est clair que VNF préfère le site choisi il y a
deux ans et demi par les élus du noyonnais et validé depuis par l’Etat et VNF. Ce site, qui installerait le port
sur les communes de Beaurains-les-Noyon, Porquéricourt, Vauchelles et Noyon, présente selon VNF plusieurs avantages par rapport à celui qui l’assoirait, quatre kilomètres plus loin, sur les
communes de Catigny et Sermaize :
- Le site de Beaurains est plus proche des populations
et des services de la ville de Noyon, ce qui réduirait les déplacements domicile-travail et les coûts de transport pour les entreprises déjà installées sur Noyon et qui utiliseraient le
port.
- Il serait proche d’un site déjà urbanisé. Il
abîmerait moins l’environnement et éviterait le mitage du paysage agricole entre Sermaize-Catigny et Noyon.
- Le site de Catigny oblige, lui, de prolonger de 4
kms la ligne ferroviaire à partir de Noyon avec des ouvrages compliqués pour franchir la RD934 et la RD611.
- Trois lignes électriques (de 400 KV, de 220 KV
et de 63 KV) gèleraient 20 hectares inconstructibles, en plein milieu du site de Catigny.
- Le site de Catigny aurait un surcoût de 14,7
millions d’euros, sur un coût de construction du port estimé aujourd’hui à 75 millions d’euros (soit +20%).
- Le choix de Catigny oblige à refaire une étude d’impact, une DUP, une enquête publique, des
fouilles archéologiques. Il entraînerait donc des délais de réalisation supplémentaires estimés à deux ans, ou quatre ans en cas de
contentieux.
- Enfin, le choix de Catigny fait peser un risque important de ralentissement de l’ensemble du chantier du canal (inacceptable pour VNF) et compromettrait la pré commercialisation des quatre nouveaux ports prévus sur
Seine-nord.
Toutes ces raisons conduisent VNF à proposer le maintien du port à l’emplacement choisi à
l’époque.
ET MAINTENANT ?
Une réunion est prévue prochainement avec le Conseil général, financeur du port à hauteur de 50
millions d’euros. Une nouvelle rencontre avec les élus du noyonnais aura lieu avant le 14 juillet. Puis viendra pour tous le moment des décisions.
Le maire socialiste de Noyon, qui veut plaire aux communes de son canton, a menacé, au cours de
la réunion de vendredi, de prendre le risque de dire non à VNF et de faire le pari d’un port à Catigny, malgré les risques juridiques, financiers et économiques qui pèseraient sur sa
réalisation.
Les agriculteurs, dans ce cas-là menacent de stopper toutes les négociations avec VNF, ce qui aurait pour conséquence de geler tout le chantier de Seine-Nord dans l’Oise.
Les maires, d’un côté comme de l’autre, disent vouloir tout bloquer si leurs communes sont
choisies.
Ainsi, la réunion de vendredi a montré que si certains élus du noyonnais ne se ressaisissent
pas rapidement, l’hypothèse est très plausible que le port de Noyon ne se fasse tout simplement pas.
Le noyonnais ne peut pas se le permettre. Dans les années 60, la ville a dit non à l’autoroute
A1 qui devait passer à mi-chemin de Noyon et Roye. Cinquante ans plus tard, le noyonnais ne s’en est toujours pas remis.
Aujourd’hui, après avoir perdu successivement Jacob Delafon, InterSnacks, le RMT, et très
bientôt une autre entreprise emblématique du passé industriel de la ville, le noyonnais peut-il s’amuser à bouder le projet de port que propose l’Etat avec ses 500 nouveaux emplois
potentiels ?
Peut-on prendre le risque, avec dans la seule ville de Noyon 2.000 chômeurs et 600 Rmistes, de
perdre deux ans, voire quatre, pour voir aboutir le seul projet économique sérieux du secteur, sous prétexte que l’on pense qu’il serait mieux ailleurs ?
Dire non au port, retarder le port à une date
hypothétique, c’est prendre le risque de tuer le port.
J’en appelle au bon sens et à la raison de tous les
élus et de tous les acteurs du noyonnais, car aujourd’hui la seule chose qui compte, c’est de sauver le port de Noyon.